Discours d’adieu émouvant de Damaro à l’Assemblée: «l’opposition a été d’utilité publique»

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Le lundi, 23 décembre 2019, lors de la dernière plénière de la session parlementaire qui s’est refermée le lendemain, les présidents des groupes parlementaires ont fait leur discours d’adieu. Tous avent que c’était la dernière session puisque des élections législatives sont prévues le 16 février prochain. Amadou Damaro Camara, président du groupe RPG Arc-en-ciel, le plus important à l’Assemblée, a particulièrement rendu hommage à l’opposition et évoqué ses relations souvent tendues avec ses collègues y compris le président de l’Institution, Kory Koundiano.

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C’est la dernière plénière de vote de notre législature. J’avoue qu’il m’est loisible de féliciter cette Assemblée, féliciter l’ensemble des députés. De toutes les législatures passées, cette législature a donné un contenu particulier aux débats parlementaires pour avoir été l’Assemblée la plus équilibrée en termes de présence de différentes forces qui ont une différente façon d’apprécier ce que c’est l’intérêt général.

Donc, pour cela nous avons fait de grandes choses. Nous avons voté des lois même si, comme l’ont mes deux prédécesseurs, notre rôle c’est de voter les lois, nous avons voté les lois. Notre second rôle c’est le contrôle l’action gouvernementale. Il faut avouer que pour deux raisons nous avons remplis moins cette deuxième fonction.

Premièrement, le manque de ressources qualifiées. Le président Oussou Fofana vient de le dire en s’adressant au président de l’Assemblée, sur les 113 qui ont siégé, il n’y avait  que  neuf qui avaient une quelconque expérience parlementaire. Deuxièmement, nous avons connu tellement de tensions que souvent, de simples commissions d’information pourraient se transformer en commission d’inquisition. C’est pourquoi ce deuxième rôle de notre parlement a été moins observé.

Mais au-delà de nos divergences, comme je l’ai dis, je ne crois pas que nous sortons ce soir d’ici, qu’il ait des ennemis dans cette salle. Et souvent, nos militants ne nous croient pas quand on entend Damaro  s’adresser à Fodé Oussou et vice-versa et qu’on nous voit manger après. On dit : mais les gens là ne nous prennent pas au sérieux. Mais c’est ça la vie parlementaire aussi.

 Monsieur le président, en tant que président du groupe de la majorité, je n’ai pas toujours eu des relations faciles avec vous parce que dans mon rôle on me prêtait souvent l’intention de faire votre rôle. Vous étiez et vous êtes resté le seul et l’unique patron de cette assemblée et je vous en félicite. Il y a eu aussi des manquements monsieur le président. Nous avons regretté qu’après le président Biro, il n’ait pas été pris en charge en tant qu’ancien président de l’Assemblée. Et comme par mauvaise tradition, le président Somparé est mort justement le jour où on a voté le règlement intérieur qui prenait en charge les anciens présidents de l’Assemblée. Le bureau a manqué à ce devoir.  Depuis le vote, qu’on n’ait fait aucun geste vers le président Biro qui malgré son âge, et qui a besoin symboliquement d’être accompagné par cette fonction.

C’était une loi organique dans l’application de laquelle nous n’avons pas été conséquents et il faut le regretter.

Chers collègues, dans la lutte politique, il y a plusieurs phases. Souvent j’ai été traité de vert et de moins mure parce que c’est ça aussi la lutte politique. Mais si dans l’exercice de ce rôle et de cette fonction, certainement j’ai dû heurter certains d’entre nous, j’ai dû mal parler à certains d’entre nous, mon intention n’était nullement de blesser qui que ce soit. Mais c’était pour exprimer peut-être parfois de manière pas tout à fait orthodoxe, ce que je pense. J’ai toujours dit que je suis d’une culture où la ruse n’est pas une vertu. Même quand nous faisons la guerre à quelqu’un, on le lui déclare. Souvent ça ne plait pas. Et j’ai l’habitude aussi de dire la conclusion par laquelle ça va ses terminer dès le début. Et ça ne plait pas non plus souvent. Malheureusement, j’ai généralement raison.

Monsieur le président, dans votre magistère, cette Assemblée a laissé une trace dans l’histoire de la Guinée.

Beaucoup d’entre nous, pour des raisons politiques, pour des raisons de tempérament, ou pour des raisons autres que nous sachions, certains peuvent ne plus revenir ici l’année prochaine. C’est sûr qu’ils n’ont pas démérité mais c’est ça aussi le cynisme de la politique. Car pour tous ceux-ci y compris moi-même, il y a une vie après l’Assemblée.

Je suis et me considère comme un frère et je vous considère comme des sœurs et des frères. Ceci dit, je remercie particulièrement l’opposition guinéenne. Je m’amuse souvent à dire qu’elle a été d’utilité publique parce qu’ils ont tellement critiqué que ça nous a permis de tenir compte de leurs critiques dans la prise de certaines décisions. Il faut les en féliciter. Des cadres, je n’en citerai pas peut-être par exemple Kalemoudou Yansané, Dr Baldé avec ou sans la présence souvent de la majorité, ont produit des documents au service de l’Assemblée, au service de la nation. Eux non seulement mais toute l’opposition, qu’ils en soient remerciés et félicités.

Ma majorité, je vous remercie de la confiance sans embase que vous m’aviez apportée pendant six ans. Je suis fier de vous et j’ai tout fait pour que vous soyez fiers de moi, même si je suis sûr d’avoir raté quelques fois.

Je vous demanderais en conclusion, chères sœurs et frères de voter les trois textes qui nous ont été soumis. Même si malheureusement et par honnêteté pour une fois politique, nos collègues de la gauche demandent à s’abstenir. On dit qu’on  ne fait pas la politique avec la morale mais on n’en fait pas d’avantage sans elle.

Propos transcrits par Mamadou Macka Diallo

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